21.09.2009  
  N°. 34 /// / Culture / Interview avec Nadine Freischlad du Ocean Cookbook /   
  Interview avec Nadine Freischlad du Ocean Cookbook  
   
 



De gauche à droite: Holm Friebe (Organisateur), Nadine Freischlad, Kai Panholzer (directeur Wrigley).


La Gazette:

Depuis quand nourrissez-vous cette idée d'un livre de cuisine? Elle vous est venue subitement?

Nadine Freischlad:

Cela m'est venu il y a quelques semaines seulement. Je travaille depuis longtemps sur le projet Open-Sailing et en regardant leur site je me suis demandé quel type de projet on pourrait y ajouter et j'ai pensé au livre de cuisine. C'est comme cela que l'idée m'est venue de faire un guide qui serait autre chose qu'un simple livre de cuisine. Ce sera en fait un guide pour tout le projet Open-Sailing. Et en plus quand un livre peut être visualisé il peut atteindre plus de monde.   

 

Sur la page de Open-Sailing  on peut lire «We are living in a time where Apocalypse beckons» Est-ce que c'est ce danger qui vous motive?

C'est un peu de là que nous sommes partis. Open-Sailing est né d'un cercle de travail autour de projets qui tous avaient pour thème l'Apocalypse et 2012. 2012 parce que d'après plusieurs prophéties annonçant la fin du monde, c'est cette année-là qu'il devrait se passer quelque chose. Depuis, Open-Sailing s 'est distancé de ce cercle d'artistes travaillant là-dessus et de ce qui est purement apocalyptique. Nous n'allons pas tous devoir nous réfugier dans une Arche de Noé. Non, il s'agit de mieux explorer l'océan. Quelles en sont les possibilités, indépendamment du fait qu'on ait ou pas à s'enfuir du continent.  

 

Comment s'est fait le contact avec Open-Sailing?

J'avais lu un jour quelque chose  là-dessus. C'était encore au début de ce projet gigantesque. Ils recherchaient du monde qui s'occuperait des sponsors et des textes. Comme ma spécialité en fait c'est plutôt la conception, je leur ai quand même écrit et je les ai rencontrés.

 

L'équipe est internationale ou bien il y a surtout des Anglais?

Le groupe est assez international. César, à la tête du projet, est lui par exemple franco-japonais. Un mélange très drôle. Tout se passe en Angleterre parce qu'ils ont tous commencé au Royal College of Art.

 

Votre regard sur le monde est plutôt pessimiste ou réaliste et pourquoi?

En fait plutôt utopiste car on a l'espoir de pouvoir construire à partir de matériaux de récupération et recyclables une île-refuge écologique qui se régénère par elle-même. C'est un projet 'vert', très écologique.

 

Par quels moyens ce projet est-il financé?

On passe d'un fonds à l'autre, on n'a pas un grand sponsor., mais plusieurs et le projet vient de gagner un prix à la ARS Electronica. C'est toujours difficile, comme pour tous les grands projets artistiques, de trouver des financements. Il faut être ingénieux. Il faut dire qu'il y a pas mal d'argent de la poche de César dans ce projet.

 

Tu peux, en trois mots, nous présenter ton livre de cuisine? Qu'est-c e qui le rend plus intéressant qu'un autre pour qu'on l'achète?

Pour celui ou celle qui ne s'est jamais préoccupé de ce thème, il ouvre une perspective tout à fait nouvelle. Ca a été la même chose pour moi. Au début je ne comprenais pas ce que cette option pouvait avoir à faire avec l'océan.  On a l'aéro-spatiale mais on est perdu pour des petits trucs au quotidien. Il y a beaucoup de photos pour rendre cette vision accessible. Et puis il s'agit des techniques les plus simples que l'homme de la ville ne connait plus et qu'il doit réapprendre, et troisièmement il y a des idées de cuisine et de réalisation de plats. De la cuisine survie jusqu'au repas de fête, on couvre tout!

 

Est-ce que cela veut dire qu'on peut tout utiliser de la mer pour la consommation?

Exactement. Ce qu'on veut c'est présenter de nouvelles approches de la cuisine et de la nourriture Comme on l'a fait dans l'atelier avec Telse Bus ( Fooddesigner ). Nous faisons des essais à partir d'algues, de produits gélifiants et liants afin de créeer de nouvelles textures. Il serait alors possible de simuler un aliment par le goût, alors que le produit ne serait fait que d'eau et de ces  produits gélifiants. Je trouve ca très captivant!

 

Et concrètement, la vie se passera comment en mer? Qu'est-ce qu'il y aura comme habitat, comme boissons?

Le concept de l'architecture dans le projet pen-Sailing est celui d'une architecture ouverte. C'est-à-dire qu'il n'y aura pas que UNE île super grande. Le prototype en construction en ce moment ressemble à une capsule de sauvetage. On ne peut pas chavirer parce que c'est très stable. Ce qu'on imagine avec Open-Sailing, c'est que ces îlots de sauvetage prolifèrent et se composent de petites unités modulables et reliées les unes aux autres. Le problème de l'approvisionnement en eau est, naturellement, très important. Il y a plusieurs idées de sites de distillation, de récupération et de réserves.?

 

A quels animaux et plantes devrons-nous, bon gré mal gré, nous habituer ?

A la  méduse et au concombre de mer par exemple.

 

Tu y as déjà goûté?

J'ai déjà mangé des méduses et du concombre de mer et on peut s'y faire. Par contre je n'ai pas encore mangé de plantes salines, ce qu'il faut que je fasse absolument. Ce sont des petits trucs qui poussent dans les dunes. Aujourd'hui plus personne ne sait que ca se mange et que c'est très nutritif. Un de ces jours j'irai en excursion à la Mer Baltique cueillir des plantes et y goûter.

 

Et tes expériences jusqu'à aujourd'hui? Tu as été en mer plusieurs semaines de suite? Tu as pêché des poissons?

J'ai grandi en Indonésie et donc j'ai toujours été très attirée par la mer. La cuisine indonésienne travaille beaucoup avec de tels produits et les aliments de la mer n'y sont pas étrangers. Même si la méduse, les algues et le concombre de mer ne sont pas au menu de tous les jours, on en mange souvent. Et de la tortue et du requin aussi.

 

De quels autres pays tu as rapporté des idées?

Jusqu'à présent d'Asie, donc d'Indonésie et du Japon. Mais en Afrique aussi j'ai mangé des algues qui avaient le goût des épinards.

 

Vous pouvez vous imaginer  de préparer la cuisine sous forme de molécules, comme ca arrive à Telse Bus de le faire?

Jusqu'à présent cela n'était pas prévu dans notre conception. Mais aujourd'hui pendant l'atelier j'ai pensé que c'était hyper génial. Ce serait  vraiment intéressant, pour une présentation ou une manifestation particulière, de jouer avec les consistances. En matière de poudre d'algue, par exemple, il y en a de différentes sortes  pour gélifier. Ca peut durcir comme du savon, et alors on peut couper et râper. Ce sont de nouvelles perspectives pour moi, la cerise sur le gâteau! Le projet serait alors un champ d'expérimentation, il aurait quelque chose de plus artistique que la seule idée de survie.




Nadine Freischlad présente le manuel de vie sur l'océan.

A quoi est-ce que vous allez vous attaquer maintenant, à côté de la cuisine moléculaire?

Nous sommes encore dans une phase de recherche. Telse Bus m'a donné des adresses d'instituts pour qui des spécialistes de la nourriture travaillent. Je crois que je dois tout simplement m'entretenir avec des experts et me faire une idée sur l'ampleur du sujet. Puis il faudra commencer à aménager des jardins et des serres flottantes. Et puis nous allons faire un grand bon en avant en septembre, nous allons nous rendre à la Mer Noire.

 

Vous allez donc utiliser le prix pour votre expédition?

Exactement.

 

A propos de toi, en bref: Qu'est-ce que tu as étudié?

Je viens de terminer mes études. J'avais commencé par la biologie, mais j'ai arrêté après 2 ans. Puis j'ai  suivi une formation de Mediengestaltung et parallèlement de 'designer'. Entre tout cela j'ai fait des études de sciences de la communication de l'entreprise et de la société  à la UDK (Haute Ecole des Arts). C'est un parcours tres complet qui couvre tous les aspects de la communication visuelle et verbale ou des sciences de la communication en général. En gros il s'agit de stratégies de publicité et beaucoup travaillent dans des agences. Pour moi c'est de la communication au niveau de la société et je travaille sur différents projets d'artistes et fais des jobs de designer.  Les études, c'est une base pour moi, pour créeer des conceptions de projets, concevoir des documentations et les transmettre.

 

 




Les illustrations océaniques de Nina Eggeman.

Est-ce quil y a eu un moment marquant dans ta vie, qui t'a amené au livre de cuisine et où tu t'es dit « Il faut que je me lance » ?

J'ai toujours ressenti une certaine fascination pour les utopies. C'est ce qui m'a plu à Open-Sailing. Quant au livre, il y a plusieurs choses qui ont convergé. J'avais toujours eu envie de faire un livre, et le thème était captivant et puis de fil en aiguille ça s'est développé tout naturellement.

 

C'est toi qui as fait les illustrations de ton livre?

Les illustrations dans le livre sont de Nina Eggemann. Quand le livre sera prêt, je ferai référence à elle dans le livre en tant que mon illustratrice.

 

Vous vous êtes connues comment?

En fait par un commanditaire commun. Nous avons travaillé toutes les deux comme Freelancer pour une Start-Up. Elle c'est plutôt l'illustration, moi les textes et on travaille très bien ensemble.

 

Pour finir, LA grande question : Quel est ton plat préféré? Il y a du poisson dedans?

Il y a tellement de choses, mais en fait je suis une accroc des spaghettis. Ça se mange bien!

 

Tu es en vacances maintenant, tu t'en vas?

Non, pas du tout. Cet été, je vais continuer mon travail.

 

Tu irais où si tu pouvais partir?

J'irais à la Mer Baltique faire une petite excursion pour y faire mes premières recherches sur les plantes.

 

 

Nous nous réjouissons pour Nina Freischlad à qui, le soir du 25 juin,  a été remis le prix doté de 10 000 €.

 

Florence Freitag et Emilia von Senger

25-06-09


 
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