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 De gauche à droite: Holm Friebe (Organisateur), Nadine Freischlad, Kai Panholzer (directeur Wrigley).
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La Gazette:
Depuis quand nourrissez-vous cette idée d'un livre de cuisine? Elle vous est venue subitement?
Nadine Freischlad:
Cela m'est venu il y a quelques semaines
seulement. Je travaille depuis longtemps sur le projet Open-Sailing et
en regardant leur site je me suis demandé quel type de projet on
pourrait y ajouter et j'ai pensé au livre de cuisine. C'est comme cela
que l'idée m'est venue de faire un guide qui serait autre chose qu'un
simple livre de cuisine. Ce sera en fait un guide pour tout le projet
Open-Sailing. Et en plus quand un livre peut être visualisé il peut
atteindre plus de monde.
Sur la page de Open-Sailing on
peut lire «We are living in a time where Apocalypse beckons»
Est-ce que c'est ce danger qui vous motive?
C'est un peu de là que nous sommes partis.
Open-Sailing est né d'un cercle de travail autour de projets qui tous
avaient pour thème l'Apocalypse et 2012. 2012 parce que d'après
plusieurs prophéties annonçant la fin du monde, c'est cette année-là
qu'il devrait se passer quelque chose. Depuis, Open-Sailing s 'est
distancé de ce cercle d'artistes travaillant là-dessus et de ce qui est
purement apocalyptique. Nous n'allons pas tous devoir nous réfugier
dans une Arche de Noé. Non, il s'agit de mieux explorer l'océan.
Quelles en sont les possibilités, indépendamment du fait qu'on ait ou
pas à s'enfuir du continent.
Comment s'est fait le contact avec Open-Sailing?
J'avais lu un jour quelque chose
là-dessus. C'était encore au début de ce projet gigantesque. Ils
recherchaient du monde qui s'occuperait des sponsors et des textes.
Comme ma spécialité en fait c'est plutôt la conception, je leur ai
quand même écrit et je les ai rencontrés.
L'équipe est internationale ou bien il y a surtout des Anglais?
Le groupe est assez international. César, à la
tête du projet, est lui par exemple franco-japonais. Un mélange très
drôle. Tout se passe en Angleterre parce qu'ils ont tous commencé au
Royal College of Art.
Votre regard sur le monde est plutôt pessimiste ou réaliste et pourquoi?
En fait plutôt utopiste car on a l'espoir de
pouvoir construire à partir de matériaux de récupération et recyclables
une île-refuge écologique qui se régénère par elle-même. C'est un
projet 'vert', très écologique.
Par quels moyens ce projet est-il financé?
On passe d'un fonds à l'autre, on n'a pas un
grand sponsor., mais plusieurs et le projet vient de gagner un prix à
la ARS Electronica. C'est toujours difficile, comme pour tous les
grands projets artistiques, de trouver des financements. Il faut être
ingénieux. Il faut dire qu'il y a pas mal d'argent de la poche de César
dans ce projet.
Tu peux, en trois mots, nous présenter
ton livre de cuisine? Qu'est-c e qui le rend plus intéressant qu'un
autre pour qu'on l'achète?
Pour celui ou celle qui ne s'est jamais
préoccupé de ce thème, il ouvre une perspective tout à fait nouvelle.
Ca a été la même chose pour moi. Au début je ne comprenais pas ce que
cette option pouvait avoir à faire avec l'océan. On a
l'aéro-spatiale mais on est perdu pour des petits trucs au quotidien.
Il y a beaucoup de photos pour rendre cette vision accessible. Et puis
il s'agit des techniques les plus simples que l'homme de la ville ne
connait plus et qu'il doit réapprendre, et troisièmement il y a des
idées de cuisine et de réalisation de plats. De la cuisine survie
jusqu'au repas de fête, on couvre tout!
Est-ce que cela veut dire qu'on peut tout utiliser de la mer pour la consommation?
Exactement. Ce qu'on veut c'est présenter de
nouvelles approches de la cuisine et de la nourriture Comme on l'a fait
dans l'atelier avec Telse Bus ( Fooddesigner ). Nous faisons des essais
à partir d'algues, de produits gélifiants et liants afin de créeer de
nouvelles textures. Il serait alors possible de simuler un aliment par
le goût, alors que le produit ne serait fait que d'eau et de ces
produits gélifiants. Je trouve ca très captivant!
Et concrètement, la vie se passera comment en mer? Qu'est-ce qu'il y aura comme habitat, comme boissons?
Le concept de l'architecture dans le projet
pen-Sailing est celui d'une architecture ouverte. C'est-à-dire qu'il
n'y aura pas que UNE île super grande. Le prototype en construction en
ce moment ressemble à une capsule de sauvetage. On ne peut pas chavirer
parce que c'est très stable. Ce qu'on imagine avec Open-Sailing, c'est
que ces îlots de sauvetage prolifèrent et se composent de petites
unités modulables et reliées les unes aux autres. Le problème de
l'approvisionnement en eau est, naturellement, très important. Il y a
plusieurs idées de sites de distillation, de récupération et de
réserves.?
A quels animaux et plantes devrons-nous, bon gré mal gré, nous habituer ?
A la méduse et au concombre de mer par exemple.
Tu y as déjà goûté?
J'ai déjà mangé des méduses et du concombre de
mer et on peut s'y faire. Par contre je n'ai pas encore mangé de
plantes salines, ce qu'il faut que je fasse absolument. Ce sont des
petits trucs qui poussent dans les dunes. Aujourd'hui plus personne ne
sait que ca se mange et que c'est très nutritif. Un de ces jours j'irai
en excursion à la Mer Baltique cueillir des plantes et y goûter.
Et tes expériences jusqu'à aujourd'hui? Tu as été en mer plusieurs semaines de suite? Tu as pêché des poissons?
J'ai grandi en Indonésie et donc j'ai toujours
été très attirée par la mer. La cuisine indonésienne travaille beaucoup
avec de tels produits et les aliments de la mer n'y sont pas étrangers.
Même si la méduse, les algues et le concombre de mer ne sont pas au
menu de tous les jours, on en mange souvent. Et de la tortue et du
requin aussi.
De quels autres pays tu as rapporté des idées?
Jusqu'à présent d'Asie, donc d'Indonésie et du
Japon. Mais en Afrique aussi j'ai mangé des algues qui avaient le goût
des épinards.
Vous pouvez vous imaginer de préparer la cuisine sous forme de molécules, comme ca arrive à Telse Bus de le faire?
Jusqu'à présent cela n'était pas prévu dans
notre conception. Mais aujourd'hui pendant l'atelier j'ai pensé que
c'était hyper génial. Ce serait vraiment intéressant, pour une
présentation ou une manifestation particulière, de jouer avec les
consistances. En matière de poudre d'algue, par exemple, il y en a de
différentes sortes pour gélifier. Ca peut durcir comme du savon,
et alors on peut couper et râper. Ce sont de nouvelles perspectives
pour moi, la cerise sur le gâteau! Le projet serait alors un champ
d'expérimentation, il aurait quelque chose de plus artistique que la
seule idée de survie.

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 Nadine Freischlad présente le manuel de vie sur l'océan.
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A quoi est-ce que vous allez vous attaquer maintenant, à côté de la cuisine moléculaire?
Nous sommes encore dans une phase de recherche.
Telse Bus m'a donné des adresses d'instituts pour qui des spécialistes
de la nourriture travaillent. Je crois que je dois tout simplement
m'entretenir avec des experts et me faire une idée sur l'ampleur du
sujet. Puis il faudra commencer à aménager des jardins et des serres
flottantes. Et puis nous allons faire un grand bon en avant en
septembre, nous allons nous rendre à la Mer Noire.
Vous allez donc utiliser le prix pour votre expédition?
Exactement.
A propos de toi, en bref: Qu'est-ce que tu as étudié?
Je viens de terminer mes études. J'avais
commencé par la biologie, mais j'ai arrêté après 2 ans. Puis j'ai
suivi une formation de Mediengestaltung et parallèlement de 'designer'. Entre tout cela j'ai fait des études de
sciences de la communication de l'entreprise et de la société à
la UDK (Haute Ecole des Arts). C'est un parcours tres complet qui
couvre tous les aspects de la communication visuelle et verbale ou des
sciences de la communication en général. En gros il s'agit de
stratégies de publicité et beaucoup travaillent dans des agences. Pour
moi c'est de la communication au niveau de la société et je travaille
sur différents projets d'artistes et fais des jobs de designer.
Les études, c'est une base pour moi, pour créeer des conceptions de
projets, concevoir des documentations et les transmettre.

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 Les illustrations océaniques de Nina Eggeman.
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Est-ce
quil y a eu un moment marquant dans ta vie, qui t'a amené au livre de
cuisine et où tu t'es dit « Il faut que je me lance » ?
J'ai toujours ressenti une certaine fascination
pour les utopies. C'est ce qui m'a plu à Open-Sailing. Quant au livre,
il y a plusieurs choses qui ont convergé. J'avais toujours eu envie de
faire un livre, et le thème était captivant et puis de fil en aiguille
ça s'est développé tout naturellement.
C'est toi qui as fait les illustrations de ton livre?
Les illustrations dans le livre sont de Nina
Eggemann. Quand le livre sera prêt, je ferai référence à elle dans le
livre en tant que mon illustratrice.
Vous vous êtes connues comment?
En fait par un commanditaire commun. Nous avons travaillé toutes les deux comme Freelancer pour une Start-Up. Elle c'est plutôt l'illustration, moi les textes et on travaille très bien ensemble.
Pour finir, LA grande question : Quel est ton plat préféré? Il y a du poisson dedans?
Il y a tellement de choses, mais en fait je suis une accroc des spaghettis. Ça se mange bien!
Tu es en vacances maintenant, tu t'en vas?
Non, pas du tout. Cet été, je vais continuer mon travail.
Tu irais où si tu pouvais partir?
J'irais à la Mer Baltique faire une petite excursion pour y faire mes premières recherches sur les plantes.
Nous nous réjouissons pour Nina Freischlad à qui, le soir du 25 juin, a été remis le prix doté de 10 000 €.
Florence Freitag et Emilia von Senger
25-06-09
